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25.2.09

Revolutionary Road (les Noces rebelles)

Film britannique, américain réalisé par Sam Mendes, avec Kate Winslet, Leonardo DiCaprio... 2h 05. Sortie le 21 janvier 2009.

Nostalgiques de Titanic, vous allez assister à un autre genre de naufrage. Si Kate et Leo se retrouvent à l'écran, ce n'est pas pour s'aimer entre deux icebergs, mais pour se détester, ouvertement. Enfin, au début, le couple qu'ils incarnent (April et Frank Wheeler) ne fait presque pas une vague dans la banlieue proprette où ils emménagent, sur Revolutionary Road, dans l'Amérique des fifties. "Route révolutionnaire", ça tombe bien, les tourtereaux ne veulent surtout pas fonder un foyer convenu, ennuyeux. Mais aussi, comme le suggère finement une lectrice assidue de ce blog, "Route qui tourne en rond". Cette hypothèse se révèle la plus probable...

Deux enfants plus tard (des absents tout au long du film), Frank s'ennuie dans son job alimentaire, April veut changer d'air. Tempête dans un verre d'eau, ils décident de partir vivre à Paris, où ils plus seraient heureux, c'est sûr. Le départ est planifié. Mais la flamme des premiers jours s'est rabougrie, la monotonie s'est installée. Elle ne peut le supporter. Lui se contenterait bien de sa vie tranquillement médiocre, surtout qu'une promotion pointe à l'horizon, "il faut y réfléchir sérieusement".

Un engrenage implacable d'incompréhension s'enclenche, c'est la guerre froide. Glaciale, comme ce thème de piano obsédant qui vient ponctuer les crises ouvertes comme les concessions douloureuses. Le petit déjeuner "parfait" préparé par April est un sommet de tension, bouillonnante mais maîtrisée. A l'image de cette scène mémorable, le jeu de Winslet est tout en regards brûlants sous un masque de sérénité mal feinte. DiCaprio - qui semble abonne aux rôles "vintage" - s'en tire bien, portée par des seconds rôles brillants - le couple d'amis rangés, le mathématicien dérangé, as de la provoc. Tous essaient de deviner le drame qui se joue, de plus en plus explicite. L'issue est dramatique, le malaise habite le spectateur de ce jeu de massacre, froidement exécuté, magistralement orchestré.

11.1.06

Jarhead : la fin de l'innocence

Film américain réalisé par Sam Mendes, avec Jake Gyllenhaal, Peter Sarsgaard, Jamie Foxx... 2h 03

Août 1990 : l'Irak de Saddam Hussein envahit le Koweit pour cause de pétrole. Bush père déclenche l'opération "bouclier du désert". Anthony Swofford, jeune marine las de ramper dans la boue de son camp d'entraînement, va enfin voir du pays, et peut être même tuer un homme. Sauf que pour l'instant, lui et ses joyeux compagnons sont juste chargés de protéger les puits de pétrole, ce qui n'est pas franchement folichon au quotidien. Son combat sera de lutter contre la chaleur du désert et l'ennui...

Les américains semblent particulièrement enclins à adapter leur Histoire récente sur grand écran. Alors que se prépare le 11 septembre selon Oliver Stone, voilà donc la Guerre du Golfe. Force est de constater que Jarhead offre une vision peu glorieuse de ce conflit. Sous ses airs de film de guerre, Jarhead serait en fait plutôt l'inverse : on y voit l'attente, les crises de nerf et les doutes qu'elle engendre, la frustration de l'inaction... Le tout filmé à hauteur d'homme, un point de vue volontairement singulier pour une guerre qui sera pliée grâce aux frappes de l'aviation. C'est sans doute ce qui rend Jarhead si réaliste (le film est d'ailleurs inspiré d'un livre écrit par le vrai Anthony Swofford), alors que réalisme rime souvent avec hémoglobine en la matière. Malgré quelques longueurs (peut être nécessaires ?), on a même droit à quelques séquences de toute beauté, comme l'apparition surréaliste de ce cheval entre les puits de pétrole et l'obscurité du désert. Quant à Jake Gyllenhaal (il va falloir s'habituer à ce nom), il est impeccable. Ah oui, j'oubliais, "Jarhead" signifie "tête de bocal". Les marines s'appellent comme ça entre eux. Cool, non ?